La journée du patrimoine du 18 septembre 2011

Le Château Lagrézette

Le domaine de Lagrézette

Origine du domaine.

L'appellation " La Grézette " peut sembler curieuse puisqu'elle désigne une petite grèze, c'est-à-dire une terre en friche. A l'origine, il semble qu'à l'emplacement du domaine se trouvait une exploitation agricole ou borie dont les bâtiments se trouvaient à la place de l'actuel château. Cette exploitation agricole faisait partie de la seigneurie voisine du château de Laroque distant d'environ 600 mètres. La guerre de Cent-ans ravagea le Quercy, certains villages et hameaux furent ainsi entièrement vidés de leurs populations. C'est ce qui est sans doute arrivé à ce domaine agricole : n'étant plus cultivées faute d'occupant, les terres étaient retournées à la friche. L'évêque de Cahors, demeurant au château de Mercuès, récupéra cette exploitation à l'abandon et en fit cadeau à la famille de Massault à la fin du XVème siècle, pour la récompenser de sa fidélité. Au cours du premier tiers du XVIème siècle, Pierre et Gilibert de Massault firent construire le château sur les bases du bâtiment d'habitation de la borie.

La réserve

Les terres entourant directement le château, font partie de la réserve seigneuriale qui était une exploitation agricole, que le seigneur faisait travailler par ses domestiques pour satisfaire aux besoins de sa maison. La réserve seigneuriale de Lagrézette est limitée par deux murs au Nord et au Sud du château, ainsi que par le ruisseau du Reignac à l'Est.

Le moulin.

Le château fut construit dans la partie supérieure d'une pente, surplombant la vallée d'un ruisseau nommé le Reignac. Le courant rapide de ce cours d'eau a été exploité en y édifiant un moulin. Un petit bief alimentait les roues de l'édifice. L'existence d'un moulin à Lagrézette est antérieure à la construction du château : en effet, lorsque l'évêque de Cahors offre le domaine à Adhémar de Massault, il y a déjà un moulin sur le Reignac. Ce moulin était sans doute un lieu stratégique durant la guerre de Cent-Ans, soit pour l'approvisionnement en farine des populations, soit pour y forger des armes (à l'époque la paroisse de Caillac comptait une des rares moulines pour battre le fer). Ce moulin fut remanié et sans doute reconstruit à de nombreuses reprises. Son histoire fut longtemps indissociable du château, puisqu'il ne quitta le domaine qu'en 1860, à l'occasion d'une vente. Les descendants des derniers meuniers affirment que l'eau du ruisseau permettait d'entraîner quatre paires de meules. Le moulin fut utilisé jusqu'à la guerre de 1914, puis peu à peu il tomba en ruines et ses murs ne furent relevés que dans les années 1980.

La garenne.

Une partie de la pente, en dessous du château, est occupée par la Garenne : on peut y admirer des chênes plusieurs fois centenaires. La Garenne est donc un espace boisé de la réserve seigneuriale qui présentait plusieurs avantages : tout d'abord les arbres pouvaient pousser suffisamment longtemps pour fournir le bois de charpente indispensable aux réparations du château ou aux aménagements du domaine. Cet espace boisé, à proximité immédiate du château (et donc bien surveillé), permettait de fournir du gibier à la table du seigneur. C'était aussi un lieu de détente où l'on pouvait profiter de la fraîcheur de l'ombrage pour s'y promener, voire pour y faire la fête. Enfin la Garenne était un moyen rapide d'obtenir de l'argent dans une période difficile (à l'exemple d'un ancien propriétaire, Jean Chevalier, qui dut se résoudre à vendre la coupe de certains arbres sous l'Occupation). Ainsi progressivement, les arbres qui à l'origine devaient occuper toute la pente, ne subsistèrent qu'au Sud-Est du château.

Les communs.

Au XVIIIème siècle, le domaine de Lagrézette fut entièrement réaménagé. Jusqu'à cette époque, les communs et les écuries se trouvaient dans la cour d'honneur du château. La construction de deux bâtiments permit d'éloigner ces activités et de fournir plus d'espace au seigneur et à sa famille. Au Sud, furent donc édifiés les communs qui subsistent encore de nos jours. Des écuries furent construites au Nord, mais il ne reste rien de ce bâtiment, sans doute détruit à l'occasion d'un incendie en avril 1878 (qui coûta la vie à un habitant du Mas de Laroque venu pour en faire sortir les chevaux). Enfin dans le prolongement des communs un grand vivier était aménagé pour fournir du poisson à la table seigneuriale.

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Le pigeonnier.

Le pigeonnier est un symbole du pouvoir seigneurial. En effet jusqu'à la nuit du 4 août 1789 seuls les grands propriétaires fonciers pouvaient en ériger : les pigeons étant censés se nourrir sur les champs de leurs maîtres. Les pigeons étaient élevés pour la colombine qui était considérée comme le meilleur engrais pour les vignes ; les autres fumures ayant la réputation de dénaturer le goût du vin. Le pigeonnier de La Grézette fut sans doute construit au cours de la première moitié du XVIIIème siècle, à l'époque de la modernisation de l'exploitation agricole du domaine. Le corps du bâtiment se compose d'une volière quadrangulaire aux murs de briques et de bois formant un colombage. La toiture à quatre pentes est surmontée d'un lanterneau d'envol. L'édifice repose sur six colonnes en pierre coiffées d'un chapiteau barrant la route aux rongeurs.

Le château

Il fut construit au début du 16ème siècle par les descendants d'Adhémar de Massault qui était le cadet d'une famille de noblesse ancienne originaire du Gourdonnais. Sans nul doute les bâtisseurs choisirent d'ériger le château sur les fondations de l'ancienne borie (la position du château dans une pente semble en effet peu stratégique).

Dans sa conception le château présente un plan classique pour l'époque gothique avec corps de logis seigneurial et deux ailes perpendiculaires autour d'une cour d'honneur. Le tout étant cantonné de quatre tours rondes dans les angles. Quant à la tour hexagonale qui abrite l'escalier pour desservir les étages du logis, elle rappelle fortement le donjon des châteaux forts des décennies précédentes.

La cour d'honneur du château.

A l'origine la cour d'honneur était fermée par une courtine à l'ouest (des traces en subsistent sur la tour Nord-Ouest). Un portail aménagé dans la courtine permettait d'entrer dans la cour d'honneur. Cette cour était un lieu central qui desservait les différents espaces du château : la tour Nord-Ouest dont la salle de rez-de-chaussée sert de chapelle, la tour Nord-Est qui abritait la salle des gardes, l'aile Sud où se trouvaient à l'origine les écuries et l'aile Nord où se trouvaient les chais du domaine jusqu'au début du XXème siècle. Enfin au fond de la cour, le regard se porte sur le corps de logis où habitaient le seigneur et sa famille. Les salles voûtées, qui occupent le rez-de-chaussée du corps de logis, étaient sans doute à l'origine des lieux de stockage et peut-être une étuve dans le prolongement de la cuisine. Le seigneur logeait dans les étages nobles : la salle d'honneur au premier étage et les appartements au second. L'escalier qui occupe la tour hexagonale semi-engagée et excentrée sur la façade, dessert tous les niveaux du corps de logis jusqu'aux combles.


Système défensif.

Construit après la guerre de Cent-Ans, le château de La Grézette conserve de nombreux éléments défensifs, même si son architecture intègre les premiers éléments de la Renaissance en Quercy. La cour d'honneur était fermée par une muraille et un chemin de ronde permettait de défendre les côtés du château. Des bouches à feu étaient aménagées à la base des quatre tours rondes, permettant un tir croisé capable de repousser quelques assaillants. Les tours Nord-Ouest et Sud-Ouest étaient plus hautes qu'aujourd'hui car elles étaient couronnées de mâchicoulis. Quant au corps de logis seigneurial, il n'avait aucune ouverture en rez-de-chaussée sur sa façade Est, qui d'ailleurs était difficilement accessible en raison de la forte déclivité du terrain à cet endroit.

Evolution des bâtiments jusqu'à nos jours.

C'est au XVIIIème siècle que le château a subi ses plus grandes transformations. Le domaine de La Grézette a été réorganisé pour rendre la vie au château plus confortable. La cour d'honneur fut ouverte, en démolissant le mur qui la fermait à l'Ouest. Les salles du rez-de-chaussée du corps de Logis furent transformées en salons ; de nouvelles ouvertures furent ainsi percées dans la façade Est. La pente vers le Reignac fut alors aménagée en terrasses.

Durant la période révolutionnaire, le propriétaire de l'époque sauva son domaine en épousant les thèses nouvellement à la mode. Le " citoyen Malartic " n'hésita pas à faire araser les tours Nord-Ouest et Sud-Ouest, en démolissant les mâchicoulis qui rappelaient sans doute trop la féodalité.

Le XIXème siècle transforma les écuries de l'aile Sud, en orangerie. La galerie du rez-de-chaussée, abritant un corridor facilitant les déplacements entre les bâtiments, fut réaménagée : les tailleurs de pierre habillèrent les nouvelles ouvertures, d'ornementations semblables aux anciennes de la façade, ce qui participe à l'harmonie de la cour d'honneur.

Enfin au début du XXème siècle, la salle voutée des chais devint une salle à manger ; et l'orangerie céda sa place à une bibliothèque.

La façade de la cour d'honneur.

Le corps de logis est divisé en deux parties inégales par un épais mur de refend. La tour hexagonale qui abrite un escalier à vis, est placée dans la continuité de ce mur de refend. La façade apparaît donc elle aussi, divisée en deux parties inégales : chaque étage compte d'un côté de la tour une grande baie croisée, alors qu'il n'y a qu'une demi-croisée de l'autre. L'ornementation de la façade avait pour but de rappeler qui était le propriétaire du château et quel était son état : ainsi au dessus de la porte d'entrée apparaissent les armes de la famille de Massault (écu sculpté de 2 lions en 1et 4) surmonté d'un heaume à cimier qui informe de leur état de chevalier. L'ornementation du château se compose de motifs couvrants en faible relief du répertoire de la Renaissance (putti, rinceaux végétaux, êtres fantastiques parfois hybrides, issus des règnes animal et végétal…) qui s'opposent à des motifs à fort relief de facture gothique (frises de pompons, de glands, les fleurs charnues et des animaux fantastiques ou réalistes). Les baies des étages supérieurs sont moins ornées car moins visibles, mais conservent des culots sculptés d'êtres fantastiques (sirènes, dragons…) ou réalistes (Lion, singe…).

La façade Est.

La façade Est apparaît, elle aussi, dissymétrique en raison de la présence du mur de refend à l'intérieur du corps de logis. La noblesse de cette façade provient des deux tours rondes qui l'encadrent et des deux chiens-assis qui permettent d'éclairer les combles. L'ornementation des fenêtres des étages fait, là encore, alterner des motifs renaissance et d'autres gothiques (la présence d'animaux africains est sans doute un rappel de l'histoire familiale des Massault, dont un ancêtre avait participé aux Croisades). Ces fenêtres finement ornées contrastent avec la simplicité des ouvertures du rez-de-chaussée, qui ne furent créées qu'au XVIIIème siècle, à la même époque que l'aménagement des terrasses dans la pente. Il est enfin à noter que cette façade fait face au château de Mercués, ancienne résidence des évêques de Cahors qui offrirent le domaine aux Massault.

Evolution du domaine.

Jusqu'au début du XIXème siècle, le domaine n'avait subi que peu de transformations (si ce n'est l'achat de quelques terres aux XVIIème et XVIIIème siècles). La Révolution épargna les biens d'Alexandre de Malartic qui avait adhéré à la Révolution. Par contre, ses descendants, criblés de dettes, démembrèrent le domaine par une série de ventes au milieu du XIXème siècle. En 1860, le château est saisi et vendu aux enchères. A partir de cette date le château changea souvent de propriétaire :

-de 1840 à 1859 : Gustave Ambert ;

-de 1860 à 1904 : Maurice Richard puis sa fille Agathe épouse Cavaignac ;

-de 1904 à 1918 : Paul Cocault-Duverger ;

-de 1918 à 1934 : Alexandre Leroy comte de Bardes ;

-de 1934 à 1941 : Andrée Darcée, veuve Roux ;

-de 1941 à 1968 : Jean Chevalier et son épouse Odette Bousquet ;

-de 1968 à 1980 : Société SEFAM ;

-depuis 1981 : Alain-Dominique Perrin.

L'actuel propriétaire fit l'acquisition d'un château en piteux état et d'un maigre domaine agricole. Le château fut entièrement restauré et le domaine patiemment reconstitué. Les vignes recouvrirent à nouveau, les environs du château, offrant à l'AOC Cahors, un de ses fleurons. Le domaine Lagrézette est en effet, à la pointe des techniques vinicoles grâce à ses chais souterrains.

Dame Honneur

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